Summer clowns 2022

Humour dans les services pédiatriques

Summer2022
Clowns Hop, été 22

Un extrait du Bulletin de psychologie / tome 63 (6) / 510 / novembre-décembre 2010

Les « clown-docteurs » – comme Patch Adams (2000, 2008) – travaillent, main dans la main, avec l’équipe médicale et la famille. Habituellement, deux fois par semaine, durant toute l’année, les clowns interviennent dans les services pédiatriques des hôpitaux, en créant une relation spéciale avec l’enfant hospitalisé et sa famille. Ces spécialistes du théâtre respectent un code d’éthique et sont formés pour adapter leurs actes aux enfants hospitalisés et à leur famille. L’objectif de leur travail est d’humaniser et d’augmenter la qualité de soins pour les enfants à travers le jeu et l’humour. (Adams, 2000 ; Simonds, 2004 ; Vagnoli, Caprilli et coll., 2005 ; Kohler, 2008).

UN NOUVEAU PROGRAMME VISANT L’ACQUISITION D’HABILETÉS INTERPERSONNELLES

L’humour peut constituer une façon d’aborder l’acquisition d’habiletés relationnelles entre jeunes présentant des difficultés de socialisation.

Un nouveau programme, fondé sur l’humour, s’adresse aux adolescents présentant une déficience intellectuelle (Chagnon, Jourdan-Ionescu, 2010). Chez ceux-ci, la présence de difficultés d’adaptation peut être due à la déficience de certaines habiletés. L’intérêt de développer les habiletés interper- sonnelles des personnes présentant une déficience intellectuelle est reconnue, car ces habiletés font partie de la performance globale de la personne dans chaque situation interpersonnelle (Ionescu, Jourdan-Ionescu, 1990) et permettent d’interagir adéquatement avec l’environnement.

Trois habiletés sont visées par le programme d’acquisition d’habiletés interpersonnelles par l’humour : la communication, l’expression des émotions et la résolution de problèmes. Ces habiletés favorisent l’intégration et la participation sociale.

Une recherche a permis de vérifier l’impact de ce programme, appliqué à cinq jeunes (deux filles et trois garçons), âgés de 14 à 19 ans. Quatre d’entre eux présentaient un degré de déficit léger et le cinquième un degré de déficit moyen. Les dix séances (de 90 minutes par semaine), du programme fondé sur l’humour, ont la même structure, incluant un rituel pour l’expression des émotions, un défi individuel (par exemple, raconter une blague), des activités proposées au groupe, une auto-évaluation du comportement. En plus de l’amélioration de la communication, de la capacité de résolution scolaire et l’expression adéquate des émotions, à la fin du programme, les participants ont une meilleure estime d’eux-mêmes et une plus grande maturité.

Une fois le programme terminé, les résultats de l’évaluation mettent en évidence : une facilité à percevoir l’humour chez les autres participants du groupe, une meilleure capacité de rire de soi-même, une meilleure appréciation des situations qui génèrent l’humour, une plus grande compréhension de l’humour, un humour plus adéquat et la capacité d’encourager les autres à faire de l’humour (prin- cipalement lors des trois dernières rencontres). L’humour a permis aux jeunes de s’intégrer plus facilement et de participer plus intensivement aux activités, d’entrer en relation de façon réciproque, de communiquer plus aisément, et a favorisé la compréhension des objectifs des activités portant sur les habiletés interpersonnelles. Malgré les limites de cette première application du programme (petit nombre de sujet, hétérogénéité des diagnostics 2, nécessité d’adapter continuellement le programme, etc.), il est possible de conclure qu’en plus de l’augmentation des connaissances sur l’impact de l’humour, les habiletés interpersonnelles des participants se sont améliorées. De plus, des recommandations d’intervention peuvent être

Le présent article présente un état des lieux sur le rôle de l’humour comme facteur de protection favo- risant la résilience des enfants à risque et de leur famille. Les résultats des quelques programmes disponibles semblent prometteurs. Il est, donc, nécessaire de développer de nouveaux programmes, adaptés aux diverses situations de risque, d’adversité, que peuvent rencontrer les enfants et leurs familles.

JOURDAN-IONESCU Colette*

Le présent article propose une incursion inhabituelle dans le monde de l’humour, l’humour étant considéré, ici, comme facteur de protection et moyen d’intervention pour les enfants à risque et leur famille. Les évolutions sociétales qui expliquent l’intérêt pour l’humour, la définition de ce concept, son développement chez les humains, ses effets positifs et les caractéristiques de l’humour chez les enfants à risque, seront brièvement exposés dans cet article, avant d’en venir à ses applications en tant que facteur de protection et à la présentation des quelques programmes d’intervention disponibles, fondés sur l’humour.

Le monde actuel se caractérise par un climat plutôt sombre : anxiété générée par les attaques terroristes, mondialisation et perte de spécificité culturelle, développement du monde virtuel et perte des relations humaines authentiques, crise économique, difficultés des services de santé (notamment en lien avec le vieillissement de la population des pays développés), nouvelles pandémies (sida, grippe aviaire, etc.), réchauffement de la planète et phénomènes climatiques extraordinaires (tsunami, ouragans, etc.). Tous ces constats font craindre une évolution vers un monde plus difficile.

Face à cette morosité, l’intérêt de l’intervention psychologique s’est déplacé, heureusement, des déficits/vulnérabilités (comme dans le modèle médical) vers les forces/capacités de résilience (Jourdan-Ionescu, 2001).

L’intervention, centrée sur les capacités de résilience de l’enfant et de son système familial, s’appuie sur des concepts comme l’appropriation ou l’habilitation (Dunst, Paget, 1991 ; Dunst, Trivette, Deal, 1988), prônant la responsabilisation de la personne qui bénéficie de l’intervention. Cette orientation ne disqualifie plus les parents au nom de l’intervention auprès de l’enfant, mais leur donne un rôle de vrais partenaires.

La psychologie positive vise une vie bien remplie, une vie où chacun peut se réaliser, s’épanouir (Mandeville, 2005), où le bien-être subjectif est peu lié aux forces d’ordre cognitif (visées par l’école), mais, plutôt, aux forces mises en évidence par Peterson et Park (2005). L’analyse factorielle effectuée sur les données issues de l’évaluation des 24 forces, effectuée suite à la passation de l’instrument Values/virtues in action à des milliers d’Américains et de Canadiens, a permis à Peterson et Park (2005) de dégager cinq forces, qui se retrouvent chez tous les individus et peuvent se développer. Parmi celles-ci, on note les forces émotionnelles, qui comprennent l’humour, connu depuis longtemps comme mécanisme de défense sain (Freud, 1905/1988 ; Ionescu, Jacquet, Lhote, 1997 ; Martin, 2003), par la distance prise face aux affects douloureux en les renversant (Kamieniak, 2002).

DÉFINITION DE L’HUMOUR

L’humour est un mécanisme de défense de niveau supérieur (Jourdan-Ionescu, 2004a), qui facilite la résilience. Au sens freudien, l’humour consiste à présenter une situation vécue comme traumatisante, de manière à en dégager les aspects plaisants, ironiques, insolites. C’est dans ce cas seulement (l’humour appliqué à soi-même) qu’il peut être considéré comme un mécanisme de défense (Ionescu, Jacquet et coll., 1997).

L’humour est un état d’esprit positif (Argyle, 2001), qui peut être vu comme un phénomène complexe, un concept parapluie pour une série de phénomènes en relation (Martin, 2003). Selon les publications disponibles (Martin, Lefcourt, 1984 ; McGhee, 1986 ; Thorson, Powell, 1993 ; Ruch, 1998 ; Argyle, 2001), en parlant d’humour, on fait référence :

– au fait d’apprécier l’humour, à l’habileté à percevoir ce qui est drôle dans l’environnement, à la capacité de se réjouir d’un matériel humoristique (film, bande dessinée, histoire drôle, caricature, etc.), à une attitude positive envers l’humour et les

3. Certains participants présentaient un double diagnostic : déficience intellectuelle et trouble envahissant du développement.

* Département de psychologie, Université du Québec à Trois-Rivières, CP 500 Trois-Rivières (QC) G9A 5H7 Canada.

<colette.jourdan@uqtr.ca>

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