Quand l’hosto pleure de rire – Article publié dans En Marche : journal de la Mutualité Chrétienne

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Des éclats de rire d’enfants, de la musique, un nez rouge qui pointe derrière une porte… A s’y méprendre, on se croirait au cirque. Pourtant, c’est bien à l’hôpital que nous sommes. Plus qu’une bouffée d’oxygène, ces clowns en milieu hospitalier embellissent la vie des enfants et des jeunes qui doivent y passer un séjour.

Les couloirs pourraient paraître impersonnels et froids mais aujourd’hui, ils se colorent grâce à l’apparition, dans le hall, des costumes rigolos et bariolés des clowns. L’odeur de l’éther fait place à celle des maquillages. Ils sont là et les enfants les attendent tous avec impatience. Jean-François et Christian, de l’asbl Comi-Clown, déambulent de chambre en chambre à la recherche d’un petit maiade à faire sourire. Un sac rempli de cadeaux à la main, ces deux clowns viennent toutes les semaines à l’hôpital, pour distraire les petits et leur faire un peu oublier la clinique. Les pleurs cessent et tout le monde rit à l’arrivée des trop grandes chaussures rouges et des chapeaux fleuris: les infirmiers, les médecins, les parents… mais surtout les enfants. « Ils mettent delà vie, de la couleur dans ce lieu parfois austère.», confie une patiente plus âgée.

Dédramatiser le milieu médical et particulièrement, le monde hospitalier pour des enfants dont le quotidien s’articule entre piqûre, scanner, perfusion…, c’est la mission des clowns en hôpital. Par des techniques d’animation, ils parviennent à emmener l’enfant hospitalisé dans le monde merveilleux de leur enfance. Ils établissent un contact et une confiance avec lui. Improvisations théâtrales, chansons, blagues, voilà le cocktail détonnant et le secret des nez rouges. «Le clown crée un personnage en entrant dans la sphère de l’enfant, explique Gauthier Jansen, membre de l’association Les Clowns à l’hôpital. On prend l’espace, la dis-
tance que l’enfant veut bien nous donner. Nous sommes toujours à son écoute. C’est lui qui nous guide dans nos jeux.»

Improviser dans l’animation mais pas dans le métier !

Être clown, ça ne s’improvise pas ! Surtout pour travailler dans cet endroit spécifique. Un travail en étroite collaboration avec les médecins, infirmiers, les parents… permet un divertissement de qualité et un respect de la place de chacun. « Nous sommes tous des professionnels, que nous soyons docteurs, soignants…ou encore clowns », confie Caroline Simonds, fondatrice de l’association “Le rire médecin” en France, et mieux connue sous le nom de Docteur Girafe. (1) « Chacun, a sa place et ses misions à l’hôpital ! Et il faut que chacun prenne conscience des limites de sa fonction. Mais nous avons tous un but commun : le bien-être de l’enfant. Nous sommes là pour lui et nous formons une seule équipe qui travaille main dans la main. »

Ces professionnels du rire ont une volonté de se former: certaines troupes s’imprègnent de la culture des publics rencontrés. La maladie ou la mort n’est pas abordée de la même manière que l’on soit belge, maghrébin, tzigane… Bien connaître également le parcours de l’enfant et les données familiales et médicales aide les clowns à entrer en relation avec le patient, en respectant ses craintes, sa douleur, sa vie privée… «Nous, les clowns, sommes demandeurs de formations complémentaires. Nous allons à des conférences sur la déontologie et l’éthique médicales. Mais le meilleur écolage reste la pratique du terrain en duo, l’un plus ‘expérimenté’ et l’autre novice.», révèle Catherine Vanandruel, membre de l’association Les Clowns à l’hôpital.

Respect et déontologie

Une charte existe dans la plupart des associations de clowns en hôpital. Rigueur et respect sont les mots d’ordre. «Pour éviter les dérives, il faut qu’il y ait une attention vis-à-vis du patient et de sa famille, explique Caroline Simonds. Le clown s’engage à suivre la charte de son association. Par exemple, tout comme le personnel médical, il est soumis au secret professionnel. Il n’accomplit que des gestes liés à sa compétence artistique.» (2) La préparation de la rencontre et la manière dont elle est amenée doivent être réfléchies scrupuleusement. Si l’enfant ou la famille ne souhaite pas recevoir cette visite, il faut respecter ce choix. Le clown s’engage à observer les normes d’hygiène et de sécurité du monde dans lequel il fait son show. Certains enfants, bien qu’ils aient besoin d’un lieu de vie stérile, peuvent alors bénéficier de ces animations et les professionnels du spectacle se plient donc au règlement. «Actuellement, en cette période de grippe, nous pouvons être vus comme des vecteurs de la maladie car nous allons de chambre en chambre. Donc, il y a des précautions particulières à prendre», raconte Catherine Vanandruel.

Redevenir “enfant”

Le passage des nez rouges dans les chambres ne se limite pas à faire rire un enfant pendant quelques minutes! Après leur interlude déjanté, les clowns quittent le sourire du petit malade et le laissent avec son voisin de chambre ou sa famille. Et la magie opère encore après leur départ… Des étoiles plein les yeux, l’enfant partage sa joie avec ses proches, il continue à leur sourire, parle de cettevisite surprenante avec tout le monde, raconte ses émotions. Sa maladie est restée dans la valise des clowns. Il se sent à nouveau «enfant», et sa famille le reconsidère également à cette place qui est la sienne. Les parents et les grands-parents osent sourire également. Dans un climat parfois lourd, la famille a peur, par moment, de se laisser aller à la rigolade. Et une visite, comme celle des clowns, leur permet de retrouver cette joie et cet instinct de rire avec leur enfant. Catherine Vanandruel constate que «C’est très important de tenir compte de la famille, de son ressenti. Le rôle des clowns, c’est également d’être un accompagnant pour les proches de l’enfant hospitalisé. Nous tentons de recréer des liens qui parfois n’existent plus ou sont déforcés entre les membres de la famille à cause l’hospitalisation. Nous sommes aussi des acteurs psychosociaux.» Du nouveau-né à l’adolescent, les clowns apportent un vent d’air frais à tous. De berceuses impliquant la maman pour les tout-petits aux grimaces et aux chants avec les plus grands, les activités sont diverses pour distraire les patients. A chaque âge, sa technique pour faire rire! «Notre équipe veut travailler dans la pérennité avec les enfants. Mais aujourd’hui, on préconise beaucoup l’hospitalisation de courte durée. Donc on ne voit beaucoup d’enfants qu’une seule fois.», continue Catherine Vanandruel.

Pas toujours rose au pays des nez rouges

En Belgique, nombreuses sont les associations de clowns en hôpital. Bénévoles ou professionnels, artistes ou personnel médical travaillent pour le bien-être des enfants hospitalisés. «Dans les hôpitaux universitaires, là où sont traitées des pathologies plus lourdes, plus graves…, les artistes professionnels sont présents», constate Gauthier Jansen. Le travail est parfois pesant. «Tout n’est pas toujours tout rose, remarque Catherine Vanandruel. Parfois, nos animations ne fonctionnent pas avec les enfants. Alors on se retire doucement. Si l’animation ne prend pas, on ne force pas la main. Il faut également garder une distance avec les cas rencontrés. Il y a des enfants qu’on est susceptibles de ne pas revoir. Entre clowns, on veille l’un sur l’autre, pour qu’on n’atteigne pas des situations intenables d’épuisement moral ou
physique.» La journée se termine: les costumes sont repliés, les visages démaquillés. Certains enfants sont déjà endormis… Les clowns quittent doucement l’hôpital pour revenir la semaine suivante avec de nouvelles farces et d’autres tours de magie dans leurs poches.

(1) “Le Rire Médecin. Journal du Docteur Girafe.” Caroline Simonds et Bernie Warren, éd. Albin Michel, 2001 – Prix: 19 EUR. – www.leriremedecin.asso.fr
(2) “Code de déontologie du Rire Médecin” – www.leriremedecin.asso.fr/Actions/Les_regles_du_jeu
En Belgique, le Réseau Art et Santé de l’asbl Culture et Démocratie a rédigé un code de déontologie pour les artistes travaillant dans la sphère médicale et dans les structures d’accueil.
Rens.: 02/502.12.15 – www.cultureetdemocratie.be/fr/outils/publications/index.html

Rire pour guérir

De nombreuses études ont montré les bienfaits du rire sur la santé. Ce n’est donc pas un hasard que les maîtres du rire, les clowns, investissent les cliniques pour procurer du plaisir aux petits malades.

Rire fait travailler les muscles, stimule le système cardiovasculaire… et au-delà de ces données physiologiques, rire permet de se sentir mieux, de procurer à soimême et aux autres un vent de bonne humeur. Il permet de se détourner d’une situation préoccupante, de la relativiser. Depuis quelques années, des clubs de rire naissent aux quatre coins du monde. Prendre un cours de rires comme on prend un cours de piano devient courant. «Une séance de rires apporte autant de sensation de bien-être et de vitalité qu’une séance de jogging.» précise le Club de rire belge (1). Sur la santé, cela aurait donc une répercussion directe: diminution de la pression artérielle, sécrétion d’endorphines qui atténuent les douleurs, augmentation de la capacité pulmonaire… «Rira bien qui mourra le dernier»disait, à juste titre, le poète et journaliste Philippe Soupault. Alors, fini la morosité! Prendre le temps de rigoler en famille, se raconter des blagues entre amis ou éclater de rire avec ses collègues…, ça entretient la condition physique.  Rire, c’est aussi se détendre. Des études ont montré que, sur un lieu de travail, la bonne humeur et l’humour augmentent la résistance au stress. Et dans le contexte médical et hospitalier, se dérider profite également au personnel hospitalier qui évacue ainsi les tensions accumulées
dans la journée.
(1) www.clubderire.be

Rires, musique, contes… à l’hôpital

Plusieurs associations sont actives dans le milieu hospitalier et égaient le quotidien des jeunes patients. Contes, animations musicales, chansons, création d’émissions radios, animations avec un chien: les initiatives sont diverses et présentes dans nombreux hôpitaux de Bruxelles et de la Wallonie. Voici des adresses utiles (liste non exhaustive):

Virginie Tiberghien

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